Guiche - Gixune

Le port et le château à l'arrière-plan.

Située à l'extrême Nord-ouest du Labourd, Guiche est limitée au Sud par Bardos, à l'Est par Hastingues et Sames, au Nord par l'Adour et à l'Ouest Urt. La Bidouze sépare Guiche de Hastingues et de Sames, puis entre dans le territoire de Guiche où elle se jette dans l'Adour. Guiche possède un port fluvial qui fut très important dans le passé, à l'abri des crues du fleuve et protégé par le château. On y trouvait autrefois plusieurs auberges.

Le port de Guiche.

« Guiche » viendrait de « gisu » : chaux en basque… Le village est situé dans une zone sédimentaire de l’époque tertiaire, constituée de roches calcaires.

Au Sud-Est du village, la carrière des Arroques est devenue un lac. Son utilisation s’est achevée en 1993. Jusqu’à cette époque, la pierre extraite de cette carrière était acheminée par câble jusqu’aux embarcadères de la Bidouze, au lieu dit « Cassous ». Chargée sur des bateaux à fond plat, elle était transportée à Bayonne pour alimenter la cimenterie du Boucau.

Les deux quartiers historiques de Guiche sont : le Bourg, au centre géographique de la commune, et la Bourgade, sur une hauteur du bord de l'Adour, où se trouvaient le port, le château et l'église qui fut transférée au Bourg au XVIIIème siècle.

En face, l'île de Mirepech, située actuellement dans le département des Landes dépendit de Guiche à certains moments de l’histoire

Guiche est déjà mentionnée en 1088, "Guissen". Il y eut des seigneurs de Guiche dès 1186.

Dans la mouvance anglaise, au milieu du 13e siècle, elle possède sur l'Adour une importante pêcherie qui fait obstacle à la navigation. Un long conflit l'oppose pour cette raison aux bateliers bayonnais qui incendient le château vers 1257. Celui-ci est reconstruit pour l'essentiel dans la 2e moitié du 13e siècle.

En 1330, le roi d'Angleterre donna à Raymond Durand, gentilhomme de l'Agenais, dépouillé par les Français, les revenus, avec la haute et basse justice, sur les paroisses de Guiche, Bardos, Briscous et Urt, concession transférée pour peu de temps à Arnaud de Durefort. Cependant en 1331, Athalesia, dame de Guiche, cédait le lieu de Guiche à Raymond Durand, puis le vendait à Pées, bâtard d'Albret, qui se fit reconnaître en 1340 par les habitants comme leur seigneur. Par un traité signé en 1348, avec les Gramont, Pées d'Albret garda Guiche et probablement les trois autres paroisses, et, en 1351, il fut autorisé à reconstruire le château.

Le conflit entre Guiche et Bidache s'envenimât quand la dame de Guiche et de Curton épousa en 1409 Charles de Beaumont, la faction de Beaumont s'opposant aux Gramont de Navarre.

En 1444, la seigneurie s'affranchit de la tutelle anglaise et passe sous celle du roi de Navarre, Henri VI, qui l'érige en comté en faveur de Louis de Beaumont.

La prise de Guiche fut un des épisodes décisifs de la conquête du Labourd par Gaston IV de Béarn, en 1449.

En 1485, l'acquisition de la baronnie de Guiche, par un Gramont mit fin aux conflits. Elle est définitivement acquise par les seigneurs de Bidache en 1534.

En 1563, Guiche fut érigé en comté par Charles IX au profit d'Antoine Ier de Gramont, et en 1648, le duché-pairie créé par Louis XIV englobait toutes les possessions des Gramont. Guiche devint l'apanage de l'héritier des Gramont qui porta depuis le titre de Comte de Guiche. Depuis 1523, date du raid dévastateur des troupes espagnoles, le château n'est plus qu'un édifice ruiné.

Au 17e siècle, des ouvertures cintrées (aujourd'hui murées) ont été percées sur l'élévation nord.

Zone de frontière linguistique, de contacts entre l'arrière pays et la vallée d'un fleuve navigable, Guiche, de langue basque à l'origine, comme en témoigne la toponymie, dut se « gasconniser » peu à peu par suite des migrations qui suivaient le fleuve. En 1340, il y avait à Guiche 113 habitants mâles adultes et 51 maisons ; 92 habitants portaient le nom de leur maison ; 33 noms de maisons étaient basques, 18 gascons. Parmi ces noms : l'Abadie, abbaye laïque, Arancette, Bidart, Villenave, Cassons, Castaings, Garat, Gelons, Haritsague, Hiriart, etc.

Il y eut sans doute à Guiche un atelier de monnaie, car, en 1377, Édouard III autorisa Jean de Gand à battre monnaie à Bayonne ou à Guiche; et en 1380 il lui donna la même autorisation pour Dax.

Le château de Guiche, construit à l’extrémité d’une éminence rocheuse, aujourd’hui en ruines, consiste en une enceinte de 30m sur 20, renfermant un logis seigneurial dans un donjon à trois niveaux de 13m de côté, datant de la fin du XIIIème siècle, semblable aux «casas-torres» du Pays Basque médiéval. L'enceinte et la tour-porte non saillante à l'est (6 m de côté) sont plus récentes, et doivent dater de 1351. La tour-porte est constituée de 4 niveaux : rez-de-chaussée avec passage voûté et arcs en tiers-point, salle de garde au 1er étage communiquant avec le chemin de ronde, 2e étage sur plancher couvert d'une voûte d'ogives à voûtains de briques, 3e étage avec bretèche. On peut encore voir des baies géminées trilobées sur la façade Nord.

Le châteauTour-porte à l'Est.Façade Nord.

Fenêtres géminées trilobées sur la façade Nord.

L'église Saint-Jean-Baptiste a été édifiée à l’emplacement du premier lieu de culte de la paroisse, autrefois lié à une abbaye laïque, détruite vers 1850, mais dont l’origine remontait au haut Moyen Âge. Le petit bâtiment érigé à l’entrée du cimetière sur trois colonnes en pierre, à chapiteau toscan (astragale, gorgerin nu, échine nue à profil semi-circulaire et tailloir), aurait été le pigeonnier de cette abbaye. Édifié à une époque inconnue, il a fait l'objet d'une restauration totale et d'un agrandissement à partir de 1760. Il a été aménagé en école communale de 1850 à 1863, puis en mairie. Un escalier droit à degré convexe composé de 12 marches en calcaire de Bidache passe au-dessous du bâtiment et mène d'une part au cimetière, d'autre part à la salle située à l'étage. La salle haute est construite en pan de bois recouvert d'enduit, percée de trois ouvertures à encadrement de bois.

Le pigeonnier à l'entrée du cimetière.Superbe esalier en pierre au-dessous du pigeonnier.

L’église fut remaniée vers 1893 par les architectes Dubourthommieu-Lavergne et Guillemot de Biarritz. A l’intérieur, le maître-autel date des XVIII et XIXèmes siècles. Un tableau représente le baptême du Christ. On trouve une chaire à prêcher du XIXème, avec les vertus théologales représentées sur la cuve.

On trouve une superbe stèle discoïdale datée de 1793 sous le porche de l'église. Sept stèles discoïdales sont conservées dans le cimetière, dont celle de Jolliberry, gravée en 1816, plusieurs stèles dont le disque présente des angles aigus et un très bel exemplaire du type du bord de l'Adour.

Stèle discoïdale datée de 1793.

La croix de cimetière, en fonte, est datée de 1775 sur l'élévation ouest du socle en pierre, et de 1820 sur l'élévation Est.

Guiche siégeait au Biltzar du Labourd, mais ses députés n'y avaient pas voix délibérative, du fait de la situation de la paroisse quant à la justice. En 1761, les jurats reçurent des habitants mission de réclamer l'égalité avec les autres paroisses labourdines, ils l'obtinrent en 1762. En 1784, Guiche protesta comme tout le Labourd contre la restriction de la franchise à la zone Ouest du Labourd, qui la lésait particulièrement. Ses délégués proposèrent, comme limites à la franchise, l'Adour, la Bidouze et la frontière de Basse-Navarre.

Guiche était peuplé de 1.500 habitants en 1850, et 638 en 1975. Beaucoup de familles vivent de la culture du maïs et des kiwis, de l'agriculture et de l'élevage, deux pêcheurs professionnels pratiquent la pêche, par contre, le trafic fluvial est devenu pratiquement inexistant. La maison Montauzer est spécialisé dans la charcuterie traditionnelle, et produit en particulier le jambon "Ibaïona".

Un peu plus haut que l'église, en partant sur la route de Bardos, une très belle maison sur la droite possède une dizaine de polyèdres en pierre placés sur des piliers. Il semblerait que ce type d'ornementation serait placés sur les propriétés de marchands de bien. Dans le passé, cette maison aurait justement appartenu à des notaires...

Maison ornée de polyèdres en pierre.Détail d'un polyèdre.

Le pont métallique qui permet de franchir la Bidouze fut réalisé en 1897 par J. Chanlou et Cie, ingénieur et constructeur Bordelais.

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